Climage

REVUE DE PRESSE

« Un document unique construit comme un hymne à la vie. Un film touché par la grâce »

Euronews


« Le film le plus extraordinaire vu au festival Visions du Réel 2005 »

Les Cahiers du Cinéma


« Un documentaire bouleversant qui nous touche d’autant plus fort qu’il renvoie chacun à sa propre existence et son inévitable fin »

Jean Blaise Besençon, L’illustré


« Un des plus beaux documentaires que j’ai vu. Il dépasse largement la plupart des films de fiction actuels. »

Richard Dindo, cinéaste


« Fernand Melgar parvient à saisir les préoccupations universelles liées à la vie et à la mort dans une tenue morale faite de choix esthétiques et narratifs passionnants. »

Jean Perret, Visions du Réel

REGARDER LA MORT EN FACE

L’HEBDO 1er septembre 2005, Antoine Duplan

Dans «Exit – le droit de mourir», Fernand Melgar suit le travail de l’association qui pratique l’assistance au suicide. Comme «La Mort de Jean», diffusé par la TSR, ce film bouleversant pose des questions fondamentales sur notre rapport intime à la mort.
En regardant le journal du soir sur France 2, Fernand Melgar découvre un bref sujet intitulé Le Tourisme de la Mort: une Lyonnaise se rend à Zurich, s’entretient avec une infirmière, absorbe une potion et décède. Le cinéaste lausannois en reste bouche bée. «Sans juger des raisons de cette dame, atteinte d’un cancer, je me suis dit: “C’est aussi simple que ça? On prend un médicament et on cesse de vivre?”» Ce qui le trouble vraiment, c’est l’attitude de l’infirmière qui, accueillant avec une bienveillance tout helvétique la malade, apparaît comme un ange de la mort.

Le lendemain, Fernand Melgar commence son enquête. Il découvre qu’aucun film n’a jamais été consacré au sujet. Que la Suisse est le seul pays du monde qui, suite à un vide juridique, autorise l’assistance au suicide. Il s’intéresse à Exit. Créée en Angleterre dans les années 30, cette association compte quarante antennes dans le monde, regroupant un million de membres. En Suisse, où elle exerce ses activités depuis 1980, elle en réunit quelque 65 000, soit 12 000 Romands et 53 000 Alémaniques.

Fernand Melgar prend contact avec Exit Zurich et Exit Genève. La première lui oppose une fin de non-recevoir. Il écrit à Genève; le lendemain, le docteur Jérôme Sobel l’appelle. Ils se rencontrent le soir même. D’emblée, le président de l’association romande dit: «Nous n’avons rien à cacher, c’est carte blanche.» Pour le cinéaste, c’est une condition sine qua non: «Je ne force jamais la porte. Je ne fais pas d’images volées. Je ne contrains pas les gens. J’ai toujours besoin d’une relation de confiance pour comprendre les choses.» Tout simplement: «J’ai besoin d’aimer les gens.»

Frères humains
Pour comprendre le contrat moral qui unit malades et accompagnateurs, pour comprendre comment on accède à la demande de mort de ceux qui veulent rester jusqu’au bout maîtres de leur destin, Fernand Melgar est rentré dans un monde à part. Il a passé deux ans au sein d’Exit, filmant de face le visage de la souffrance, la réalité du néant et un sentiment qui s’apparente à l’amour du prochain. Ce film bref mais d’une poignante densité montre avec délicatesse les confins de la vie et les abords de la nuit, les appels à l’aide et les mains tendues, l’empathie des téléphonistes et des accompagnateurs, Jérôme, Denise, Jürg, Marianne dont la bonté nous éblouit… Le bleu du ciel a disparu, Marianne et Denise se baladent dans un brouillard aux dimensions métaphysiques, la vie et la mort marchent à leurs côtés… Et voici ces frères humains broyés par des souffrances intolérables. Jocelyne, atteinte de sclérose en plaques qui met une année à écrire sa demande d’autodélivrance, Bernard sur son fauteuil roulant, Micheline qui arrête la date de sa mort…

Fernand Melgar a très peu tourné. Il ne recense que deux séquences non utilisées – «Ce qui est assez rare pour un documentaire de captation. Les gens que tu rencontres n’ont plus beaucoup de temps devant eux. Ce qu’ils vivent est essentiel. Je me voyais mal me dire sur la table de montage: “Oh, il est pas très bon…”» Le cinéaste a choisi de ne pas filmer certaines situations extrêmement dramatiques auxquelles il a été confronté. La question récurrente était celle de la distance: «Je redoutais toujours de tomber dans le voyeurisme, le pathos. Je ne voulais pas qu’on soit submergé par l’émotion, qu’on oublie l’essentiel: affronter de face notre propre fin. Je montre une série de cas pour inciter le spectateur à réfléchir. A se dire: cette personne à l’écran, c’est mon père, mon frère ou moi-même…»

Le départ de Micheline
La dernière séquence d’Exit – Le droit de mourir est bouleversante. Atteinte d’une maladie incurable, Micheline a choisi le 22 janvier pour s’en aller. Le docteur Sobel vient. Il prend le temps de parler. Il demande à Micheline de réfléchir encore. Il trouve les mots qui apaisent, des mots simples et d’une grande élévation spirituelle, «pensez à un bon souvenir», «le sommeil viendra tout doucement», «commencer le grand voyage»…

La caméra observe ces rituels suprêmes avec une pudeur admirable. Les mains du docteur qui préparent la «potion magique», comme dit Micheline avec un humour qui nous met les larmes aux yeux. Micheline de dos, assise sur son lit. Les larmes de sa copine Magali, en face, qui dit adieu. Le regard de Sobel qui est celui d’un ange laïque, il contient l’immense humanité. Sa main fraternelle dans le dos de la mourante. Lorsque Micheline a la tête qui tourne, la caméra s’arrête. Le mystère ultime reste hors champ…

Durant tout le tournage, Fernand Melgar s’était promis de ne pas filmer de derniers instants. Mais, en accompagnant les accompagnateurs, il a conclu avec eux un contrat identique à celui qui les lie aux patients. Ne pas filmer une assistance au suicide eût été briser ce contrat de confiance, «esquiver un problème».

Micheline a dit: «Vous pouvez être là durant mes derniers moments.» L’équipe de tournage est arrivée juste avant le docteur Sobel. La pièce étant petite, Fernand est resté à côté. Il regardait par la porte. Un peu mal à l’aise, il raconte: «Moi qui suis assez peu pratiquant, ni même croyant, à un moment, j’ai allumé une bougie et je me suis mis à prier – ne me demande pas qui ou quoi… Je me suis mis à penser très fort à Micheline. Je n’ai pas eu de révélation mystique, mais je me suis senti dans une humanité. J’ai vécu un moment de très grande émotion, et de sérénité aussi. J’avais les larmes aux yeux et, j’étais très proche des personnes que j’ai perdues. En revoyant les images du docteur Sobel, je me suis dit que j’étais dans le même état que lui, quand il dit: “Que la lumière vous guide et vous conduise vers la paix…” J’étais dans le spirituel comme je l’ai rarement été. Un moment d’humanisme où l’on peut croire à quelque chose qui nous dépasse.»

Après la première du film, à Nyon, au festival Visions du Réel, Magali est allée vers Fernand. Elle lui a dit: «Merci d’avoir eu le courage de montrer ça.» Il lui a simplement répondu: «Merci d’avoir eu le courage d’être là.»

Réinventer le sacré
Fernand Melgar constate que la plupart des spectateurs parlent pendant deux secondes du film puis, très vite, de leur père qui est mort, ou de leur frère… «Exit oblige à définir notre sentiment face à la mort. Scandaleuse, innommable, la mort est partie intégrante de la vie. Je n’ai pas voulu faire un film sur la mort, mais un film sur la vie – dont la mort est une étape fondamentale.»

Exit – Le droit de mourir nourrit la réflexion philosophique et sociologique. On peut souscrire à cette sentence de Sénèque: «Penser la mort, c’est la dernière des libertés.» On peut s’interroger sur l’impasse éthique dans laquelle se trouve la médecine aujourd’hui: après être revenue de l’acharnement thérapeutique et avoir développé les soins palliatifs, elle commence à aborder cette idée selon laquelle préserver la vie, à un moment, c’est aussi donner la mort.

Les soins palliatifs pratiquent la sédation. On augmente la dose de morphine jusqu’à la perte de conscience. Cette mort dans l’oubli est à l’encontre des principes d’Exit, qui prône le droit de partir consciemment. Quant à l’Eglise, elle désavoue cette manière de quitter la vie. Les catholiques n’entrent pas en matière, les protestants sont plus tolérants. Exit est d’ailleurs mieux implantée dans les cantons protestants, Genève, Vaud, Neuchâtel. «A-t-on le droit, oui ou non de quitter la vie? Est-ce qu’on peut s’affranchir du sacré de la vie? A-t-on ce choix?, demande Fernand Melgar. C’est la question que pose le film. Je ne peux pas y répondre…»

Selon le cinéaste, les accompagnateurs d’Exit sont des espèces «de pionniers, d’apôtres, qui réinventent le sacré, le spirituel. L’accompagnement final, tient un peu de cette litanie. Sobel répète les mêmes questions. Ce n’est pas: “Voilà la potion, au revoir Madame.” Une tension s’installe, un rite, quelque chose de très paisible. A leur manière, ces gens réintroduisent un rituel autour de la mort.» Fernand Melgar rappelle qu’il y a cinquante ans, dans le val d’Anniviers, lors du «repas de la mort», le corps du défunt reposait sur la table et les proches mangeaient autour! Aujourd’hui, on escamote la réalité. «Mais les gens d’Exit regardent à nouveau la mort dans les yeux, comme si elle faisait partie de la vie.»

Epuisement métaphysique
Marianne rentre chez elle. Elle écoute son répondeur. Trois messages, trois appels au secours, trois envies d’en finir. Dans la pièce baignée de lumière, on ne voit plus que l’ombre qui est descendue, qui pèse sur les épaules de l’accompagnatrice. Bouleversée, elle tourne le dos à la caméra, regarde dehors.

Le comité s’est réuni. Douze accompagnateurs entourent le docteur Sobel comme les Apôtres partageaient la table du Christ. Cette analogie iconographique n’est pas le fruit d’une mise en scène; mais elle exprime d’un plan large la connotation à la fois profane et sacrée d’Exit. Les bénévoles sont épuisés. La charge est trop lourde. Le déchirement affectif qu’implique chaque autodélivrance les mine. On sent une énorme fatigue, psychologique et métaphysique. Sobel le dit: «Ce n’est plus du bénévolat, mais du sacerdoce.»

La plupart se sont investis dans Exit à la suite d’une expérience personnelle. Ils ont accompagné des malades, ils ont été confrontés à des morts atroces, injustes. Au départ, Fernand Melgar s’interrogeait sur les motivations des accompagnateurs: y en a-t-il qui cherchent leur dose d’adrénaline? Non: ils assument cette tâche par devoir moral, parce que personne d’autre ne veut le faire. Dans l’espoir d’être déchargés, ils font un gros travail d’information car, en sept ans d’études de médecine, la fin de la vie est à peine évoquée.

Les médecins qui voient le film reconnaissent qu’ils n’ont pas le temps d’accompagner un patient condamné. Cette charge peut prendre des mois. Marianne a vu six fois Jocelyne en un an avant qu’elle n’arrive à terminer la rédaction de sa lettre. Quel fonctionnaire en aurait le temps?

Fernand réconcilié
Le cinéaste, qui a partagé pendant deux ans la vie des accompagnateurs d’Exit, a senti le poids de la mort. «A force de rencontrer des gens qui vont mourir, tu perds pied. Tu ne sais plus où se situent la vie et la mort. C’est lourd à porter. Soudain, tout te semble vain, tu ne peux plus aller boire un verre tranquillement.» Fernand Melgar a dû parfois lever le pied. Il a rencontré Jérôme Sobel ou Marianne, sans parler d’accompagnement, pour jouer au parc avec les enfants, pour se ménager «un moment d’insouciance et de vie».

Sur la fin du tournage, il a aussi eu recours à une assistance psychologique. Cette aide lui a permis de se rattacher à la vie, de se souvenir que «faire ses courses le soir n’est pas inutile». Fernand est sorti de l’épreuve en paix avec ses deuils. «Ce film m’a permis d’accepter que la mort fasse partie de la vie.»

Après que Micheline est partie, Fernand est sorti. Il a planté sa caméra de l’autre côté de la rue. Devant la maison, des voitures de la police et des pompes funèbres procèdent à la levée des corps, et s’en vont. Quelque chose bouge dans la fenêtre supérieure de l’immeuble. Un rideau qui retombe? Non, c’est le reflet du train qui passe sur le viaduc, derrière la caméra. Ce mouvement furtif, presque imperceptible, c’est un voyage qui commence, la vie qui continue. C’est le génie du cinéaste. On se découvre et on se tait.

© L’Hebdo, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

EXIT- LE DROIT DE MOURIR

LE TEMPS 7 septembre 2005, Norbert Creutz

Pas évident d’évoquer la maladie et la mort en images! Encore moins le suicide. Deux ans d’immersion dans le quotidien des accompagnateurs d’Exit Romandie ont pourtant permis à Fernand Melgar de composer un documentaire inattaquable, tant sur le plan de l’éthique que de la forme. Un film qui renvoie chacun à son rapport intime à la mort. Un film utile, même s’il n’est pas de ceux que l’on court voir pour se divertir. Tout comme on ne s’inscrit pas de gaieté de cœur pour devenir membre d’Exit. Documentariste rigoureux, le cinéaste lausannois (lire portrait en p. 2) ne jure que par la captation du réel et son propre effacement. Nous voilà avertis: tout ce qui se passe à l’écran est rigoureusement vrai, jamais rejoué ni commenté. On en connaît (Frederick Wiseman, Raymond Depardon, Nicolas Philibert) qui n’y croient plus: pour eux, la caméra induirait en effet par sa seule présence de la fiction, et affirmer le contraire relève de la naïveté. Peu importe: en l’occurrence, on comprend aisément pourquoi s’en tenir à la règle était préférable, et même la seule manière digne de procéder. Sur un thème aussi épineux, même la distance, l’angle et la durée justes deviennent affaire de morale.

Depuis le désir d’une fin lucide de ceux qui se savent condamnés jusqu’à la profonde humanité des accompagnateurs bénévoles d’Exit, tout le film est empreint de ce souci de dignité. Au risque d’enjoliver quelque peu le tableau – comme, par exemple, en taisant les divergences qui ont amené à la scission d’Exit Suisse. Pas totalement cependant, puisque le cinéaste ne cache rien des difficultés que rencontre actuellement l’association, de plus en plus sollicitée alors que ses bénévoles frisent à tout moment la surcharge, l’effondrement.

Les portraits de Marianne Tendon et du docteur Jérôme Sobel sont au cœur du film. Mais on n’oubliera pas non plus certains «accompagnés», dont Micheline, suivie jusqu’au bout. La mort en direct, scandale? Dans ce cas, seuls les sots le penseront. Au contraire, le film ne pouvait s’en faire l’économie. Le scandale est ailleurs: comment se fait-il que la Suisse soit le seul pays au monde où, grâce à un minuscule vide juridique providentiel, la question de l’accompagnement au suicide a le droit d’être envisagée et même évoquée? L’acharnement thérapeutique ou l’abandon pur et simple à la souffrance sont-ils vraiment tellement plus «moraux»? 40 autres sections nationales d’Exit (mouvement créé en Angleterre dans les années 1930) nous envient cette singularité, comme le montre une séquence parlante tournée durant un congrès au Japon.

Exit – Le droit de mourir lève pudiquement le voile sur un tabou. C’est son grand mérite. Mais on devine que ce n’est là que le début d’un débat appelé à prendre de l’ampleur.

© Le Temps, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

ENTRER PAR LA PORTE DE SORTIE

LE TEMPS 7 septembre 2005, Norbert Creutz

Avec son beau documentaire «Exit – le droit de mourir», le Lausannois Fernand Melgar éclaire l’accompagnement au suicide. Un film visible en salles dès aujourd’hui.

«Je n’aurais jamais pensé voir ce film distribué en salles», s’excuse presque Fernand Melgar, 44 ans. «C’est mon distributeur qui a eu un coup de cœur. Du coup, c’est mon premier film à connaître une sortie officielle. Et ça fait un peu bizarre de voir soudain ce film sur l’assistance au suicide figurer dans les listes à côté de Charlie et la Chocolaterie.» Peut-être convient-il de préciser qu’Exit – le droit de mourir aura également l’honneur d’être le premier à profiter des nouveaux projecteurs vidéo installés dans les salles romandes par la régie de publicités Cinecom. «J’aurais préféré avoir 45 000 francs pour me payer un transfert sur pellicule 35 mm, mais avec ce matériel, la projection à partir du DVD est presque aussi bonne», assure le cinéaste au sortir d’une projection test à Genève.

Tout a commencé à Nyon, au festival Visions du Réel, en avril. Consacré à l’association du même nom, Exit y figurait en compétition tandis que le collectif lausannois Climage – dont Melgar est l’un des piliers avec Alex Mayenfisch et Stéphane Goël – se voyait consacrer une rétrospective pour ses 20 ans. Coproduit par la TSR et le Neuchâtelois Jean-Marc Henchoz, le film suscite dès lors un vif intérêt qui convainc Mathieu Henchoz, fils du précédent, de lui donner sa chance en salles, avant une diffusion (en prime time!) prévue fin novembre.

Devant un film qui se signale surtout par sa pudeur et son absence d’effets, puis face à ce documentariste qui ne jure que par Robert Bresson et ses Notes sur le cinématographe, on a de la peine croire que Fernand Melgar, né en 1961 à Tanger de parents espagnols, ait des racines contestataires, rock et expérimentales. C’est pourtant le cas. Autrefois, au début des années 1980, il a en effet plaqué des études commerciales pour rejoindre le mouvement de la jeunesse et la scène underground. Sa spécialité: programmateur de films expérimentaux. Avec d’autres enfants de «Lausanne bouge!», il a ensuite fondé Climage en réaction contre un milieu du cinéma à la botte des producteurs, qui snobait alors encore l’outil vidéo.

Vingt années de travail régulier ont permis à cet autodidacte de faire ses preuves. Un détour par New York et Paris, du montage auprès de Jacqueline Veuve et des liens de plus en plus solides avec la TSR (une oasis pour le documentaire dans le paysage européen, selon lui) ont assis sa crédibilité. Petit à petit, à travers des films comme Album de famille (sur l’immigration espagnole), Classe d’accueil (l’intégration des jeunes étrangers), Remue-ménage (portrait d’un père de famille qui se travestit) et la collection de courts-métrages «Premier jour» (captation de moments clés d’une vie), il s’est rapproché de la méthode appliquée pour Exit: tourner un minimum, chercher la bonne distance et le bon moment, saisir sur le vif sans jamais faire répéter, monter sans commentaire ni musique pour laisser le temps au spectateur de réfléchir. Pas pour lui le rythme rouleau compresseur, le commentaire béton, et l’image trafiquée devenus la norme du documentaire télévisuel moyen.

«La télévision a tendance à vous prendre pour des imbéciles. J’ai arrêté de la regarder», déplore Melgar, qui raconte avoir même dû se battre avec des responsables d’Arte, qui ne voulaient acheter le film qu’à condition qu’il le coupe et le retitre. Un compromis (une version légèrement raccourcie et un sous-titre) a finalement été trouvé. Le grand écran serait-il dès lors sa nouvelle voie? La rencontre avec Henchoz père («un personnage: un fromager, darbiste et dur en affaires, qui s’est lancé dans le cinéma en produisant le dernier Bresson, L’Argent, avant de faire fortune avec Microcosmos et d’acheter une forêt») pourrait en être le sésame, même si Melgar n’éprouvait aucune frustration. «J’ai toujours eu l’impression de faire du cinéma. Et je n’ai jamais été tenté par la fiction. Le réel me paraît bien plus passionnant. J’y trouve une source constante d’émerveillement, c’est mon Far West!»

Un Far West qui comporte aussi ses dangers. Ainsi un documentaire français concurrent, diffusé en avril à Temps présent, aurait pu lui couper l’herbe sous les pieds. Mais non: les deux films se complètent à merveille, Le Choix de Jean se concentrant sur le parcours individuel d’un candidat au suicide tandis qu’Exit fait la part belle à la question cruciale de l’accompagnement. Pour l’association, qui, rappelons-le, bénéficie en Suisse de conditions légales uniques au monde, ces deux films sont du pain bénit. Le président de sa section romande, le médecin Jerôme Sobel, espère qu’ils contribueront à provoquer une prise de conscience et un débat public. Fernand Melgar, de son côté, estime n’avoir pas réalisé un film militant. Juste un film pour briser un tabou et nous inviter à penser sans œillères à une question cruciale.

© Le Temps, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

EXIT OU L’ULTIME RECOURS

24 HEURES – 7 septembre 2005, Jean Louis Kuffer

Le film-choc du Lausannois Fernand Melgar sort aujourd’hui. Un témoignage déchirant sur l’accompagnement de ceux qui ont choisi de mourir. Rencontre.

Il n’y a qu’un pays au monde où, du fait d’un vide juridique, l’assistance au suicide est autorisée: la Suisse. Un film en documente désormais le rituel impeccable, dont le dernier geste est l’administration d’une «potion». La scène, filmée en temps réel, et aboutissant à une mort non moins réelle, est à la fois insoutenable et bouleversante, qui réunit une femme dont la vie est devenue un tel enfer de douleur physique qu’elle a décidé de mourir, sa plus proche amie et l’accompagnateur, le docteur Jérôme Sobel, médecin lausannois, juif pratiquant et président d’Exit Suisse. Ainsi s’achève Exit , ce film de Fernand Melgar dont la projection initiale à Visions du réel, au printemps dernier, a fait grande impression.

Le poids de la vie
«Je n’ai pas voulu faire un film sur la mort», explique le réalisateur, dont la propre existence a été marquée par la fin tragique d’un de ses enfants. «Ce que j’ai voulu montrer touche plutôt à la question de la dignité humaine: j’ai tenté de comprendre, et donc de faire comprendre, jusqu’à quel point la vie était supportable. Je sais que la question du suicide et de l’accompagnement de celui-ci pose d’énormes questions d’ordre éthique, religieux ou social, mais mon film n’est pas un reportage «objectif» qui expose les éléments d’un débat. Ce qui m’est apparu, lorsque j’ai approché les gens d’Exit, c’est que je devais parler surtout des accompagnateurs. Qui sont ces gens qui prennent sur eux d’aider un de leurs semblables à mourir? Et comment ces bénévoles le vivent-ils? Voilà ce que j’ai voulu documenter, à l’exclusion de toute propagande en faveur d’Exit. En temps que documentariste, j’essaie de montrer le monde tel qu’il est, sans multiplier les prises ni rien faire «jouer» à ceux que je filme, sans prendre parti non plus.»

C’est en effet un film vu «du dedans» qu’Exit , qui nous fait découvrir un monde insoupçonné, un rien feutré, très Helvétie propre-en-ordre, presque effrayant si l’on ne sentait un immense respect humain chez ceux-là qui pourraient faire figure d’«anges de la mort». Tout ce qui se passe là, du central téléphonique où est fait le «tri» des cas recevables ou non (comme cette dame qui aimerait qu’on la délivre de son cafard matinal…), aux entretiens préparatoires, des messages de désespoir qui s’accumulent sur le répondeur de l’accompagnatrice aux réunions des bénévoles faisant le bilan de leurs «cas» respectifs – tout est «histoire de vie», où l’on perçoit autant la bonne volonté que l’accablement, dont quelques petits mots d’humour soulageront ici et là le poids. Au milieu du film, deux accompagnatrices se retrouvent dans la nature apaisante, soudain envahie de brume fantomatique (absolument imprévue par le cinéaste, soit dit en passant), et tout est alors poétiquement suggéré de ce qui ne peut s’exprimer par des mots.

Empathie par immersion
Pour obtenir cette «intimité», qui fait oublier complètement la caméra de Fernand Melgar, celui-ci s’est littéralement immergé dans ce petit groupe de gens de bonne volonté, en évitant de filmer les scènes les plus pathétiques.

«J’ai rencontré quantité de gens et découvert autant de situations, mais je ne voulais pas accumuler les anecdotes ni donner dans le voyeurisme ou la sensation. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la dignité des uns et des autres, et notamment dans ce rituel presque sacré que les accompagnateurs s’efforcent de recréer. Lorsque le docteur Sobel, après avoir demandé plusieurs fois, avec la plus insistante prévenance, si Micheline était bien décidée à s’en aller, et qu’il lui dit, à la toute fin, «que la lumière vous conduise vers la paix», il me semble qu’il fait ce que ne font plus le pasteur ou le curé…»

Si le film de Fernand Melgar se défend de toute prise de position, il n’en reste pas moins qu’ Exit soulèvera de nombreuses questions et débats, tant éthiques et religieux que juridiques. « J’aimerais que mon film fasse réfléchir à des questions qu’on évacue le plus souvent dans la société actuelle», conclut le réalisateur. «De même que les rites funéraires disparaissent, tout ce qui touche à la mort est escamoté ou esquivé, alors qu’elle fait partie de la vie. Et que dire de la mort volontaire? Loin d’en faire l’apologie, je pose la question en l’inscrivant dans la vie…»

© 24Heures, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

LA MORT COMME ETAPE DE LA VIE

LA LIBERTÉ – 9 septembre 2005, Stéphane Gobbo

«Exit» Fernand Melgar a suivi durant deux ans le travail de bénévoles qui accompagnent des gens désirant abréger leurs souffrances.

«A-t-on le droit de choisir la date de sa mort?» C’est avec en tête cette question d’ordre philosophique que le cinéaste lausannois Fernand Melgar a suivi durant deux ans le travail d’Exit, association accompagnant des personnes gravement atteintes dans leur santé et souhaitant abréger leurs souffrances. «J’ai fait un travail d’ethnologue», dit Fernand Melgar. «Je me suis aventuré sur un territoire inconnu, en essayant non pas de constituer un dossier mais en élaborant mes séquences comme des tableaux dans lesquels chacun peut faire son cheminement intérieur.»

Tourné en même temps que Le choix de Jean, documentaire français ayant fait beaucoup de bruit lors de sa diffusion par Temps Présent – on y suivait les derniers instants d’un Fribourgeois ayant demandé une assistance au suicide -, Exit est un film intense, poignant, essentiel. Avec un recul exemplaire – il n’élude pas de questions mais ne tombe jamais dans le pathos -, Fernand Melgar nous emmène dans un territoire certes inconnu mais que nous devrons tous, d’une façon ou d’une autre, traverser.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous attaquer à un sujet si sensible?
Fernand Melgar: Il y a trois ans, j’ai vu au téléjournal de France 2 un sujet sur «le tourisme de la mort». Le journaliste parlait de la société Dignitas, à Zurich, et suivait une Lyonnaise qui quittait la France, arrivait en Suisse et mourait une heure plus tard. Ce sujet m’a choqué, non pas tant par la décision de cette femme – qui avait un cancer en stade terminal – mais plutôt par l’attitude de l’accompagnatrice qui, dans une bienveillance toute helvétique, lui préparait la potion létale. Ça m’a alors travaillé toute la nuit. Est-ce que c’est comme cela que l’on part aujourd’hui?» De plus, le journaliste soulignait que la Suisse est le seul pays à autoriser l’assistance au suicide. Comme je suis documentariste, j’ai alors contacté l’association zurichoise, mais elle a été réticente. J’ai du coup appelé Exit, à Genève, et ai pu rencontrer son président, le docteur Sobel de Lausanne. Qui m’a dit qu’il n’avait rien à cacher et m’a donné carte blanche en soulignant même qu’il était content de pouvoir avoir un regard extérieur.

Pour aller dans le sens de ce qui vous a marqué dans le reportage de France 2, vous vous êtes d’abord intéressé aux accompagnateurs…
J’avais très clairement pris cette direction parce qu’en face de chaque demande d’assistance au suicide, qui émane d’un choix personnel dans lequel je ne voulais pas rentrer, se trouve un accompagnateur. Et j’arrivais avec un a priori: ce sont des anges de la mort. Sont-ils fascinés par elle, prennent-ils du plaisir à la côtoyer? Quand je parlais de mon projet, des amis me disaient même: «Tu fais un sujet sur cette secte?»
»Il y avait une nébuleuse autour d’Exit alors que les accompagnateurs sont juste des bénévoles qui ont un courage énorme, comme la charge qu’ils assument. Ils aimeraient d’ailleurs pouvoir compter sur l’aide des médecins de famille. Ils font ce travail parce que personne ne veut le faire. Comme le souligne le docteur Sobel, c’est un sacerdoce. On est dans une acceptation de la mort comme étape de la vie, une étape qui ne doit plus être cachée.

Ce qui est le cas aujourd’hui?
Oui… On a donc besoin de se réapproprier la mort pour plusieurs raisons. D’une part, la course à l’individualisme du XXe siècle – être maître de son destin et de ses choix, désagrégation de la cellule familiale -, aboutit à la volonté de choisir sa mort. Sénèque disait d’ailleurs que «penser la mort, c’est penser la liberté». D’autre part, la médecine se trouve dans une impasse. L’acharnement thérapeutique a permis de maintenir des gens en vie, mais à quel prix, dans quel but? Dans les soins palliatifs, on meurt souvent en douce. Sans compter qu’il y a 10% des gens que l’on ne peut pas soulager.

La médecine est dans une impasse, de même que la religion…
Absolument! Les catholiques refusent d’entrer en matière parce que cette forme de suicide est contraire au dogme. Les protestants, à cause de l’autodétermination, laissent faire sans approuver, quelques pasteurs ayant même assisté à des délivrances. Entre le monde religieux et la médecine, les gens d’Exit arrivent donc comme des pionniers tout en étant à la recherche de quelque chose de spirituel. Ils sont humanistes et laïques mais réinventent un rituel. Ce qui m’a le plus fasciné, c’est qu’ils regardent la mort dans les yeux.» Lorsque le docteur Sobel accompagne Micheline, il lui dit: «Que la lumière vous guide et vous conduise vers la paix.» Ce moment, moi qui suis non pratiquant et pensais être non-croyant, m’a poussé à croire qu’il y a vraiment quelque chose qui nous dépasse.

© La Liberté, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

LE DROIT DE MOURIR DANS LA DIGNITÉ

FEMINA – 4 septembre 2005, Véronique Krähenbül

Il y a quelques mois, Temps présent diffusait Le Choix de Jean , un documentaire d’une intensité rare qui suivait un Fribourgeois de 58 ans pendant les derniers mois de son existence. Gravement malade, Jean avait choisi d’en finir en faisant appel à Exit, l’association d’assistance au suicide. Aujourd’hui avec Exit de Fernand Melgar, nous voilà à l’écoute de ces bénévoles, une dizaine en Suisse romande, qui ont décidé d’aider leurs semblables. Sans jugement moral ni voyeurisme, ce documentaire sobre avec sa caméra discrète nous renvoie à des questions essentielles sur la mort qui, soudain, fait un peu moins peur, mais surtout sur la vie qui peut être si belle quand on est en bonne santé.

Chaque année en Suisse, des dizaines de personnes ont recours à l’assistance au suicide pour abréger leurs souffrances. Le documentaire « Exit » nous permet de suivre les bénévoles qui les accompagnent. Parmi eux, la lumineuse Marianne Tendon.

FEMINA: Comment devient- on accompagnatrice bénévole pour Exit?
MARIANNE TENDON: Avant d’être enseignante, vers l’âge de 18 ans, j’ai accompagné des malades sur leur lit d’hôpital jusqu’à la fin. Mais tout a vraiment commencé il y a environ sept ans, suite au décès extrêmement douloureux d’une amie. J’ai appris, après sa mort, qu’il existait une association qui aidait tous ceux dont on ne pouvait plus assumer les dernières souffrances. Ça m’a d’abord paru un peu surréaliste. Puis j’ai adhéré.

Quelle est la procédure à suivre pour une autodélivrance?
Nous n’intervenons qu’auprès des personnes atteintes d’une maladie incurable. Ils doivent fournir un dossier médical ainsi qu’une lettre manuscrite où ils font part de leur décision. J’ai besoin ensuite de les connaître. Je leur rends visite, ils me téléphonent, je parle avec leur entourage. Ce n’est pas parce que la demande d’assistance au suicide est déposée qu’on fixe immédiatement une date.

Certaines personnes renoncent- elles?
Près de la moitié meurent naturellement avant le jour J.  L’important, pour beaucoup, est de savoir que si leur situation se dégrade trop, ils ont le choix. Cette perspective les aide à vivre. Les progrès au niveau des soins palliatifs comptent aussi dans un cheminement qui permet de retarder le moment. J’ai connu un monsieur qui était condamné. Il en avait pour huit mois. Je l’ai vu pendant 22 mois. Il était un peu coureur, il a pu profiter de ce temps pour se réconcilier avec sa femme.

Vous vous souvenez de votre première fois?
C’était en hiver, il s’agissait d’une dame d’une soixantaine d’années. Son médecin lui avait fourni la potion létale, mais il ne désirait pas être présent. Comme elle ne voulait pas rester seule, elle était presque aveugle, j’y suis allée. Nous avons bu du thé et mangé des petits gâteaux, ensuite elle est partie.

Y a- t- il des rituels particuliers?
Chaque départ est différent. Parfois c’est léger, parfois plus grave. Les uns écoutent de la musique, les autres organisent leurs derniers instants d’une manière très festive, comme cette femme qui avait commandé trois douzaines d’huîtres et du champagne. Tous ont un formidable courage. Ils  s’endorment paisiblement entourés d’un proche ou de leur famille.

Comment est- ce que vous vous ressourcez?
En restant seule pour méditer ou écouter de la musique. J’aime la lecture, la poésie et les promenades dans la nature.

Quel est votre rapport à la mort?
Très simple. La mort est une étape de la vie. En Occident, on préfère ne pas en parler, on la cache, ce qui n’est pas le cas dans d’autres cultures. Chacun, avec sa conscience, a le droit pourtant de choisir le jour et l’heure de sa délivrance; ni le politique ni le religieux ne peuvent décider à sa place. Certains prennent l’option de Dieu comme Pascal, moi j’ai pris en plus l’option de la réincarnation qui ressemble à s’y méprendre à la vie éternelle.

… et vos motivations?
Aucune si ce n’est la compassion. Laisser partir quelqu’un qu’on aime, si telle est sa volonté, c’est lui reconnaître une dernière liberté et c’est la plus belle preuve d’amour qu’on puisse lui donner.

© Fémina, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

EXIT, LE FILM

MIGROS MAGAZINE – 6 septembre 2005, Jean-François Duval

Chacun se souvient du reportage intitulé «Le choix de Jean», diffusé sur la TSR au printemps dernier. On pouvait y suivre les dernières semaines de Jean Aebischer, atteint d’une tumeur au cerveau, jusqu’à son absorption d’une potion létale fournie par l’un des accompagnants de l’association Exit Suisse romande ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Dès ce mercredi 7 septembre, c’est un autre documentaire qui est visible dans les salles romandes, dépeignant de façon plus exhaustive les activités d’Exit, 11000 membres en Suisse romande. Ces images-là, non plus, ne laisseront personne indifférent.

Réalisé par Fernand Melgar, Exit raconte les réalités de l’autodélivrance telle qu’elle est pratiquée en Suisse grâce à cette association. Le film débute par des voix qu’on entend au téléphone, des appels à l’aide réceptionnés par l’une ou l’autre bénévole d’Exit. Où l’on comprend clairement que l’association se refuse à «entrer en matière» avec les dépressifs et les suicidaires.

Le rôle d’Exit n’a donc rien à voir avec celui d’organisations du type La Main tendue. Il ne s’agit en effet pas d’apporter un soutien psychologique mais d’aider à mourir des gens qui, tout bien considéré, n’en peuvent vraiment plus: seuls les cas atteints d’une maladie incurable, les personnes parvenues tout au bout de leur route, victimes de souffrances physiques et morales intolérables seront entendues et assistées.

Ces gens-là, le film nous les montre dans leur troublante humanité: voici Josyane, sévèrement atteinte d’une sclérose en plaques, mais toujours pleine d’humour, qui aura mis deux ans à rédiger la lettre où elle dit formuler en pleine lucidité sa volonté de «partir». Voici Marianne, une accompagnante pleine de douceur et de joie de vivre. Voici Micheline, qui choisit de s’en aller un «22», parce que c’était son chiffre au loto.

On suit à Tokyo le Dr Jérôme Sobel, président d’Exit suisse romande, pour un congrès international. On se balade sur des hauteurs avec Marianne et une autre accompagnante partageant toutes deux, dans un moment de répit, leurs émotions. On assiste à l’une des réunions de la petite équipe d’accompagnants d’Exit Suisse romande où chacun expose ses problèmes, et où aussi on demande «qui peut prendre en charge telle ou telle personne».

La boucle est bouclée lorsqu’on assiste au «départ» de Micheline, un 22 du mois comme convenu. Une Micheline dont on avait déjà fait la connaissance dans les tout premiers plans du film, à laquelle le Dr Sobel avait dit: «Je vous avais promis que je vous aiderai», et qui tient maintenant sa promesse.

© Migros Magazine, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

EXIT – THE RIGHT TO DIE WITH DIGNITY

BRITISH MEDICAL JOURNAL – septembre 2005, Raghav Chawla

Rating: **** (4 out of 4 stars)

Switzerland is not only known for its snow-covered mountains and for its delicious chocolate, but also for its liberal legislation with regard to suicide assistance. If no selfish motive is involved, suicide assistance is perfectly acceptable, even by non-physicians. Active euthanasia, however, remains illegal under all circumstances.

There are largely three organisations in Switzerland that offer suicide assistance: EXIT for German-speaking Switzerland, EXIT for French-speaking Switzerland (also known as EXIT ADMD) and Dignitas. Unlike the latter, which also caters for non-residents and has caused much debate on the matter of suicide tourism, both EXIT associations offer their services to Swiss residents only.

Filmmaker Fernand Melgar was first confronted with an incidence of assisted suicide while watching a news report a few years ago. “The report did somewhat shake me up, although I never questioned the choice of the suicide candidate,” he recalls. “It was more the suicide assistant’s perspective that bewildered me – what would motivate someone to take on such a responsibility?”

With the idea of making a documentary film, Melgar contacted EXIT ADMD. In view of the delicacy of the subject, the society’s president, Dr Jérôme Sobel, initially hesitated to agree to the project. “Then again, we had nothing to hide”, he says. Melgar was eventually given the opportunity to capture on film virtually all of the society’s activities over a period of a year.

The result of this experiment is astounding. “EXIT”, as the film has been named, is basically a compilation of typical scenes taken out of the daily life of the society. From the very beginning of the film, the spectator is essentially left to himself. Perhaps in an attempt to let the spectator make his own journey, Melgar does not impose his own interpretation. There is no narrator voice to hold on to and no journalist interviewing anyone and summarising things for us. Instead, the film builds essentially on the intimate conversations between its characters, including suicide candidates, other members of EXIT, relatives, friends, accompanying volunteer workers, secretaries and others.

Melgar merely takes the role of the passive observer. Little by little, the spectator learns about the motivations of suicide candidates, about their ups and downs, about the feelings of their close ones. We are also introduced to the society’s strict guidelines and to how things are organised. We learn how difficult it is to be an accompanying volunteer worker. “This is not something you can do as regularly as clockwork. It’s an exceptional act every single time. I’m exhausted after every assisted suicide,” Dr Sobel points out.

Ultimately, the film shows how peaceful the process of an assisted suicide can be. The individual does not need to jump off a bridge in order to end his profound suffering. Instead, he simply drinks a glass of “magic potion” and fades in the company of his loved ones. A dignified death is each individual’s own choice. Moreover, it is his final request to society – who are we to deny him our support?

© BRITISH MEDICAL JOURNAL, 2005 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

«EXIT» PLAIDE POUR LE DROIT À UNE MORT DIGNE

LE REPÈRE SOCIAL – novembre 2005, François Chevalier

Le dernier documentaire du réalisateur lausannois Fernand Melgar, plonge le spectateur au coeur du débat controversé de l’assistance au suicide. «Exit» évoque sans pathos la question du choix de notre mort.

Evénement exceptionnel pour un documentaire romand, le film de Fernand Melgar est sorti en ce début d’automne dans plusieurs cinémas romands. Dès les premières images, on comprend ce que l’association Exit fait, ou plutôt ce qu’elle ne fait pas. Aucun «tourisme de la mort» n’est admis. Aucune entrée en matière pour des personnes dépressives ou ne souffrant pas de maladie incurable en phase terminale n’est possible.

Le film a été tourné, avec la plus grande finesse, dans les coulisses d’Exit Suisse romande, ainsi qu’aux domiciles de différentes personnes ayant requis l’assistance des bénévoles de l’association à leur suicide. Des images qui auraient pu mener à l’affliction compatissante ou larmoyante du spectateur. Les circonstances de la fin de vie angoissent la plupart d’entre nous qui nous protégeons en fuyant souvent cette funeste perspective. Tout au mieux, appréhende-t-on les circonstances de la mort entre les lignes pudiques des annonces mortuaires: «…A lutté avec courage contre une terrible maladie…». Les cicatrices de nos propres deuils sont, quant à elles, enfouies au plus profond de nos intimités. Alors, braquer les projecteurs sur ceux qui vont mourir, ou pire encore, sur ceux qui vont faire mourir, est une initiative cinématographique qui pourrait sembler provocatrice. Tout le talent de Melgar est d’esquiver ce piège du sensationnel dans lequel se complaît généralement la grand-messe télévisuelle. Parce qu’il a su s’immerger le temps nécessaire pour comprendre la démarche des bénévoles d’Exit, le réalisateur leur témoigne son plus bel hommage. Pas d’effets inutiles, pas une note de musique pathétique ou de commentaire lénifiant. La caméra précède notre questionnement. Elle s’invite dans l’intime relation du malade et de l’accompagnant : de leur première prise de contact, à l’instant ultime de l’au revoir pour ce «grand voyage», tant désiré et minutieusement préparé.

Dimension éthique en pleine mutation
«Exit» n’est pas un publireportage au bénéfice de l’association éponyme. Le film ne prend pas position, ne crée pas le débat. Il témoigne, documente. Il est l’essence même du documentaire réaliste à l’opposé du documentaire fiction très à la  mode actuellement. Il évoque sans détour les appréhensions de bénévoles nouvellement recrutés et qui s’interrogent sur leurs forces devant cet acte généreux et désintéressé qu’ils se sont engagés à accomplir. Pourquoi font-ils cela ? Qui d’entre nous serait capable d’assumer un tel geste ? Pas le corps médical, soumis au serment d’Hippocrate qui commande que «jamais je ne remettrai le poison, même si on me le demande…». Encore moins le religieux, qui affirme que «par solidarité avec le Christ dans la mort (…) l’euthanasie directe, même dans le but de supprimer la douleur, au nom de la compassion, ou si le patient le réclame, est un acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure».

Et pourtant, les plus de dix mille sociétaires romands d’Exit (cinquante-deux mille en Suisse alémanique) sont réunis, avec conviction, autour de l’idée du refus de la souffrance inutile. Ils s’engagent, pour la plupart d’entre eux, avant même d’être malades, dans une réflexion personnelle qui inspire finalement autant de respect que la doctrine inspirée par la hiérarchie épiscopale. Et le législateur ne s’y trompe pas, puisqu’à la demande de la Chambre haute du Parlement fédéral, un groupe de travail composé d’experts en matière d’éthique a conclu qu’il «paraît problématique de poursuivre et d’infliger une peine à celui qui, en soulageant autrui d’une vie qui n’est plus que souffrance inutile, commet un acte de compassion humaine». C’est la raison du maintien des dispositions de l’article 115 du Code Pénal qui ne punit l’assistance au suicide que si celle-ci répond à un mobile égoïste. Cette disposition fait que la Suisse est le seul pays au monde à permettre en toute légalité le suicide assisté.

Fernand Melgar s’est défendu d’avoir réalisé un film sur la mort. Au contraire, c’est de la vie dont il est question. Une vie terrestre qui se doit de s’achever dignement, loin de préceptes culturels ou mystiques ritualisant la fatalité de la souffrance. La vie aussi, de celles et ceux qui osent, avec humilité et détermination, libérer les corps et les esprits meurtris par la maladie. L’acte de donner la mort, même dans un profond esprit de compassion, exige beaucoup d’énergie et une grande résistance émotionnelle. Gageons que le film de Fernand Melgar saura procurer du courage à ces accompagnants vers une mort digne et susciter de nouvelles vocations.

François CHEVALIER

LA GRANDE IMPOSTURE D’EXIT

LE TEMPS – 7 décembre 2005, Denis Muller et Marco Vanotti, rubrique Eclairages

Denis Muller et Marco Vanotti, théologien et éthicien d’une part, médecin psychiatre à l’Université de Lausanne d’autre part, réagissent à la diffusion du film sur l’assistance au suicide.

Le film Exit de Fernand Melgar a été accueilli par la critique avec des propos élogieux: documentaire d’une «très grande finesse», «profondément émouvant», «infiniment délicat». Or il y a une forme d’imposture dans le message mis en scène par ce documentaire peu critique.

La plus importante est celle de faire croire à la légitimité du suicide comme expression de la plus haute liberté individuelle et à l’assistance au suicide comme une œuvre d’une compassion infinie pour le sujet malade.

Exit choisit d’approcher la douleur morale et physique dans le seul fonctionnement individuel.

Des patients demandent l’assistance au suicide pour abréger leurs souffrances. Certains sans être dans un stade terminal. Vouloir mourir dans la dignité ne justifie pas en principe de réclamer des médecins une telle assistance. Des soins palliatifs de qualité et un accompagnement adéquat peuvent aider bien des patients à mourir dans la dignité.

Face à l’évolution inéluctable d’une maladie, des médecins pourraient être tentés d’accéder, sans réflexion plus approfondie, à ces requêtes en apparence légitimes, pour soulager la souffrance. Mais nous soupçonnons que parfois leur dévouement louable est aussi animé par un désir de s’approprier de ce qui leur échappe: «Si je ne peux pas guérir, c’est par moi que la mort libératrice arrive.» L’image du médecin tout-puissant est ainsi préservée.

Les situations de requête d’assistance au suicide constituent un bouleversement émotionnel aussi pour l’entourage. Celui-ci est d’abord profondément interpellé par la manifestation, même implicite, d’une volonté suicidaire, puis appelé à manifester sa solidarité familiale.

Mais tout en étant touchés par ce qu’ils perçoivent, les membres de la famille s’occultent parfois mutuellement leurs craintes afin de ne pas augmenter la souffrance les uns des autres. Taire la souffrance, pense-t-on, rend celle-ci moins sensible. Or c’est le contraire qui peut arriver: ce ne sont pas les paroles qui font mal, mais les non-dits. Ainsi, une telle stratégie du silence ne va pas sans sacrifices et chacun a à en payer le prix.

Cette tendance à se dissimuler la souffrance à soi-même comme aux autres soutire la protection aux sujets suicidaires qui ont besoin d’en parler et aux proches qui se sentent démunis et empêche les manifestations de solidarité, de faire face ensemble aux difficultés.

La difficulté de nommer la mort est frappante dans le discours du président d’Exit, le Dr Jérôme Sobel. Il souligne à plusieurs reprises qu’ Exit n’est pas impliqué. Ce serait une sorte d’assistance détachée, neutre, technique. Mais le ton est trompeur, comme la mise en scène.

Pour Exit et son théoricien en chef, la médecine officielle n’est pas à la hauteur, et la vraie religion fait défaut. Avec Exit, au contraire, vous n’avez rien à craindre: vous aurez la bonne mort et la bonne médication. L’assistance au suicide en devient le cheval de Troie de la légalisation de l’euthanasie.

La théologie de la mort qu’on nous sert est spiritualiste: partir, s’en aller. Les gens ne veulent pas mourir, ils ne veulent pas souffrir.

Le succès d’estime d’Exit, son écho médiatique même, sont le signe inquiétant d’une grande pauvreté de pensée, sur le plan médical, éthique et religieux.

Le deuil de soi et de l’autre n’est pas fait quand on joue ainsi avec la profondeur de la souffrance humaine. La mort, notre mort à venir, n’est ni un Exit, ni un Transit, mais une épreuve, une cassure, une coupure.

Complaisamment filmé, le docteur Sobel boit un verre à la Vie. «Parce que nous aimons la vie jusqu’à la fin.» La caméra nous montre un club de privilégiés, dans des salons confortables. «C’est merveilleux.» «Nice project.» Un rendez-vous avec la mort, dit une charmante vieille dame.

Le Bon Docteur est filmé au milieu d’une table de douze. La mise en scène rappelle la Cène. La table sainte est dressée. Le clerc trône au milieu. «Tout ce que je fais, je suis prêt à en rendre compte devant le Grand Patron.» Et la symbolique est bien celle de la coupe: tenir le verre; «se trouver avec un produit.» On dirait qu’ils parlent du Graal.

Mais de formation sérieuse, de supervision, il n’est jamais question.

Un couple peut-il être aidé quand un des deux est sain? La réponse de celui qui se veut la caution médicale d’ Exit est sidérante et désolante. Il ne dit pas un mot sur l’éthique, il se réfugie dans le pragmatisme: on n’est pas assez, c’est trop épuisant, on a besoin de recharger nos batteries. «Cela fait partie de notre mandat philosophique» dit une bénévole. «On appelle cela du bénévolat, moi j’appelle cela du sacerdoce», commente doctement Jérôme Sobel.

Gros plan sur le médecin. C’est un ORL. Il examine un patient. Routine de la médecine classique. Mais il retourne à son vrai travail, l’accompagnement. Il se laisse filmer. Il laisse filmer le calme du mourant, et son rôle lénifiant de docteur compatissant.

«Réfléchissez bien, dit-il. Quand vous aurez bu la potion, je ne pourrai plus vous retenir. Car vous aurez commencé le Grand Voyage.» «Si vous êtes décidé, buvez toute cette potion jusqu’à la dernière goutte» dit texto l’acteur principal du film. «Que la lumière vous guide vers la paix», ajoute-t-il, sur un ton liturgique dont ne sait s’il lui échappe ou s’il fait partie de sa stratégie de communication.

L’imposture médicale, incapable d’éthique, se réfugie dans les bondieuseries, bouclant la boucle de la manipulation. On ne peut qu’appeler à la lucidité critique et à la résistance éthique.

© Le Temps 2005


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