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Bon Père et Travesti

Pascal Gurtner est le fils de Ted Robert, chanteur et politicien agressif du terroir vaudois. L’homme ne s’est jamais intéressé à son fils. Pascal aurait pu oublier ce père le plus tôt possible suivre sa propre route. Et c’est sans doute la voie tardive qu’il essaie de prendre aujourd’hui, apparemment sans l’aide d’un psy mais avec sa femme et leurs quatre enfants à ses côtés. Le film de Fernand Melgar l’aidera peut-être comme une étape apaisante sur la piste ardue où il chemine en quête d’identité. Pour l’instant, Pascal tente avant tout de s’affirmer en adoptant, chaque fois qu’il le peut, une apparence féminine.

Et comme il y a toujours quelque chose d’enfantin chez ce trentenaire, il songe encore au père à travers un choix artistique qui le porte vers la chanson. Pascal se travestit donc en femme, mais surtout en créature de scène façon Dalida. On serait tenté de dire que le jour où il aura vraiment  » tué le père « , Pascale pourra adopter un modèle féminin plus discret, et pourquoi pas cultiver des rêves plus masculins. Mais c’est déjà une autre histoire. Celle qui se déroule durant un an devant la caméra de Fernand Melgar commence par la naissance du quatrième enfant de Pascal et de Carole Gurtner.

A Moudon, la vie de famille est soudain perturbée par une dénonciation de la mère de Pascal, qui rejeta autrefois son jeune garçon et qui se pose aujourd’hui en pseudo-protectrice de ses petits enfants, soumis selon elle à l’influence néfaste d’un père travesti. Cette période très douloureuse pour Pascal mais aussi pour sa femme Carole, comme on peut le voir à l’écran, se termine par un procès qui lève les derniers doutes sur les compétences parentales de ce couple aimant. La scène finale révèle une famille très unie autour du gâteau couronnant le premier anniversaire de la petite Pamela. Une image d’espoir.

Sans interview ni commentaire, en approche patiente et directe, le réalisateur esquisse par petites touches douces-amère le portrait d’un homme assez solide pour supporter les jugements hâtifs et cruels, mais aussi la solitude engendrée par l’exhibition naïve, farfelue et gentiment provocatrice de sa  » différence « . Il y a chez Pascal une sorte de bon sens terrien et un humour noir qui le préservent de la méchanceté d’autrui. Avec cette posture à la limite de l’autodérision, il n’appréhende qu’un seul jugement, celui de sa femme Carole. Cette dernière ne se prive pas de le chambrer lorsqu’il en fait un peu trop et qu’il lui donne  » la honte « . Le monde extérieur hostile pèse davantage sur la jeune femme , qui soutient pourtant son mari, allant jusqu’à participer avec lui à  » Ca se discute « , face à un Jean-Luc Delarue porté sur les questions d’identité sexuelle.

Cette croisade de Pascal et Carole pour se faire accepter au sein d’une communauté où ils vivent, travaillent, payent des impôts et envoyent leurs enfants en classe, a quelque chose de touchant dans la mesure où elle apparaît aussi comme un moyen quelque peu dérisoire de réenchanter un quotidien d’une terrible banalité. Carrossier, démolisseur de vieilles voitures, Pascal exerce un dur métier. Autrefois, il était cuisinier, mais il ne pouvait plus continuer à travailler au restaurant avec son  » fameux  » père. Quand Pascal se fait une beauté, c’est aussi pour oublier le cambouis, la violence des journées passées à démonter les vieux moteurs. Son meilleur ami le dit :  » Il faut avoir tué père et mère pour faire ce métier. « 

Pascal, enfant abandonné, vrai victime, devrait-il donc toujours payer et mener une vie sans saveur ? A sa manière il répond non et se rebelle comme il peut, introduisant dans son existence des couleurs empruntées à une féminité fantasmée. Comme le montre ce film si juste, les enfants de Pascal le comprennent, moyennant une tendre distance humoristique à l’endroit de sa curieuse démarche.

< a.qM> Nadine Richon, Télétemps août 2002

STURM IM WASSERGLAS (Deutsch)

«Kannst du dir das vorstellen: Papa im Bikini?» fragt der Kleine seinen Bruder. Und dann kichern die beiden Jungen um die Wette.

Pascal und Carole führen eine liebevolle Ehe, haben vier Kinder und leben in einem kleinen Dorf in der französischen Schweiz. Pascal arbeitet als Autoschlosser. Bei der Geburt seiner Tochter ist er dabei: Alles ganz normal. Bis auf eine Kleinigkeit: Pascal trägt gern Frauenkleider. Und so stöckelt er manchmal im Minirock durch den Ort, die langen Nägel rot lackiert. Die Kinder finden es eher cool, dass der Papa schrille Klamotten trägt und trotzdem so starke Muckies hat. Seine Frau hat die Vorliebe ihres Mannes akzeptiert, berät ihn kichernd bei der Kleiderauswahl. Nur manchmal verzweifelt sie an den Reaktionen der Nachbarn. Daran, dass einige nicht kommen, wenn sie sie zu einer Party einladen. Im Ort gibt es so manchen, der ein Problem mit der Familie hat. Allen voran die Mutter von Pascal, die sich um das Wohlergehen der Enkelkinder sorgt. Kurzerhand hat sie die Familie ihres Sohnes angezeigt. Und so haben Pascal und Carole nun eine Untersuchung am Hals, ob denn der « unnatürliche » Lebenswandel des Paares den Kindern schadet.

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«Ich habe mich sofort in die beiden verliebt», erzählt Fernand Melgar. Ein Jahr lang, von der Geburt ihrer Tochter bis zu deren erstem Geburtstag, begleitet der Regisseur die Familie durch den Alltag. Nach und nach kippt die Perspektive: Erstaunlich ist nicht mehr Pascal, der mit seinen rotlackierten Fingern Automotoren wuchtet, sondern seine Umwelt, die daran Anstoß nimmt.

Gemeinsam mit seiner Frau kämpft er um das Recht, sein eigenes Leben zu führen, wirbt um Verständnis oder wenigstens um Respekt. Und so zieht zur Weihnachtszeit neben Santa Claus auch eine Weihnachtsfrau durch die Straßen des Städtchens. Statt des Bartes trägt die Weihnachtsfrau knallroten Lippenstift. Die Kinder haben ihren Spaß an den Geschenken, bis ein Ordnungshüter dem Treiben ein Ende macht. Anweisung von Oben.

Ein anderes Mal tritt das Paar in einer französischen Talkshow auf. Pascal in einem eleganten Kleid, erzählt freimütig von der Normalität ihrer Beziehung. Als die Sendung ausgestrahlt wird, läuft in der Dorfkneipe der Fernseher. Pascal hält eine kleine Ansprache, sucht anschließend das Gespräch mit den Gästen.

In solchen Sequenzen zeigt sich das eigentlich Außergewöhnliche dieser Geschichte: die unerschütterliche Freundlichkeit dieses Mannes, seine Toleranz und seine Kraft. Was Pascal wiederfahren ist, wäre genug, um an den Menschen zu verzweifeln. Seine Mutter, die ihn einst ins Heim abschob und ihm nun die Fähigkeit abspricht, seinen Kindern ein guter Vater zu sein. Die erste Ehe mit einer Frau, die mit seinem eigenen Vater ein Kind gezeugt hat. Die Ablehnung seiner Mitbürger. Mit Pascal lernen wir einen außergewöhnlichen Menschen kennen, eine starke Seele. Es ist, als hätte er sich einfach noch einmal ganz neu erfunden, um die Vergangenheit abzuschütteln. Gerüstet mit Lippenstift und Wimperntusche gelingt es ihm, trotz der tiefen Verletzungen nicht bitter zu werden. Und er gibt nicht auf.

Nani Fux